18 Jun Exposition | Immortalité | Feibai 2026
Feibai 2026
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I m m o r t a l i t é
Créations-recherches de fin d’année 2025-2026
des programmes adultes en calligraphie et peinture chinoises de l’Institut Feibai
En cette année 2025-2026, une pensée a guidé les actions artistiques dans l’Institut Feibai : « Pratiquer l’immortalité ». Comment, par l’art, transformer le corps et l’esprit pour s’affranchir de nos limites d’existence ? Dans l’imaginaire chinois, l’immortel est celui qui, retiré dans les profondeurs des monts, aspire le souffle cosmique pour s’unir à la Voie. Sur ce chemin, nous avons cultivé cette année une même discipline intérieure : une quête de transcendance de soi dans l’immensité de cet univers.
Les œuvres exposées – calligraphie, peinture, gravure et même installation – résultent de cette immersion artistique, culturelle et philosophique.
Œuvre sur l’affiche : Fabienne TSAI, Cheminer en immortalité, détail. 2026.
Chapitre 1
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D’un fil de soi







GREUZAT Virginie. Un Une. 2026. Aquarelle et encre de Chine. 25 cm × 418 cm.
Un fil de temps, août 2023 — août 2025, une géographie physique, une exploration partagée, son chemin, sa plénitude, ses escales, côte d’Albâtre de Sotteville-sur-Mer, chaîne des Puys, Puy Pariou, chênes verts de Saint-Guiraud, falaises du Joncas, entre-deux champs de Rennemoulin, Ottenhöfen im Schwarzwald, pointe du Cormoran, plaine d’Alsace, crête de la Coût, côte d’Albâtre d’Octeville-sur-Mer. D’une traite, dire la terre aimante, le ciel généreux, l’ancrage, le mouvement, la vie ample, fougueuse, infinie.
(GREUZAT Virginie)

DURAND-BOGAERT Fabienne. Femme cousue de livres brandissant l’arbre de vie. Fils rouge et noir sur toile de lin de 37 x 45 cm, pièce de broderie traditionnelle chinoise et caractère sur papier artisanal.
En matière d’immortalité, tout ce que l’être humain peut espérer, c’est que quelque chose de ce qu’il a accompli de son vivant lui survive. C’est cette aspiration à laisser derrière soi, après soi, une forme ou une autre d’accomplissement qui motive, en particulier, les artistes.
Pour avoir passé ma vie à traduire et à écrire des livres, je sais maintenant que les livres sont la forme d’accomplissement qui m’était destinée. Or un livre n’existe jamais seul, il appartient toujours à une famille et ce qu’on écrit ou traduit renvoie à quantité d’autres livres qui nous ont précédés, nourris, influencés, et auxquels nous sommes redevables. Voilà pourquoi, dans mon aspiration à laisser quelques ouvrages après moi, je me perçois comme une femme cousue de livres.
La métaphore de la femme cousue de livres est ici interprétée à partir du caractère qui signifie le livre, le volume. Le medium choisi, la broderie, s’est imposé comme le mieux à même de figurer ce qui s’apparente sans doute à un autoportrait.
(DURAND-BOGAERT Fabienne)

MERCIER Sylvie. Carnet du temps, comme un carnet de voyage … 2026. Encre de Chine, feutre noir, mine de plomb, photos, papier calque, papier canson, 118 cm x 21 cm, 9 pages.
Pour chaque être humain, le temps s’écoule, mystérieux et inexorable. En pratiquant le taiji, le piano, la calligraphie … expérimenter un autre espace-temps profond, dense et sans limite. Se découvrir, oser, s’abandonner dans le sillage de ceux qui nous ont précédés et s’inscrire dans une filiation ininterrompue. Et en s’immergeant au plus profond de soi, vivre des instants lumineux d’immortalité.
(MERCIER Sylvie)

LEBO Maëlys. Fragments d’immortalité. 2026. Caractères chinois. Bois, plexiglas, papier, encre de Chine, pigments de couleur, scotch, fil à coudre noir, photographie, 4 projecteurs, vis, punaises. 39 cm x 75 cm x 22 cm.
Embrasse pleinement l’incandescence du souvenir
L’ombre de la tristesse et de la mélancolie
La chaleur de sa main sur mon épaule
Et soudain
Le passé et le présent
condensés
Dans un fragment d’immortalité.
(LEBO Maëlys)
Chapitre 2
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La traversée

MESA Catalina. Traverser… Encre sur papier xuan cartonné. 50 cm x 50 cm.
Pour aller vers la montagne des immortels, il faut d’abord traverser un pont…
Un pont qui relie les jours mortels à la rive des immortels…
Je traverse le pont si je lâche mes histoires.
Je traverse le pont si je lâche mes attachements.
Je traverse le pont si je lâche mes désirs.
Je traverse le pont si je lâche mes rêves.
Au-delà du pont, le temps disparaît ; seule rayonne la claire lumière…
On danse en écoutant le vent de la sagesse, tout en inspirant les arômes des fleurs qui parfument le soir.
Une plénitude infinie, que je pressens proche de l’amour, remplit l’espace.
Seul palpite l’accueil total de l’instant, qui se révèle être tout ce qui est.
(MESA Catalina)


GUIBERT Pascale. Ici-là, pratiquer l’immortalité : premier essai. 2026. Tirages argentiques, encre et découpe sur papier Canson. Leporello biface 15 cm x 29,7 cm.
Au printemps dernier, les violettes des fossés m’ont fait penser à l’envers des étoiles. Elles me semblaient offrir un passage entre ciel et terre, mais aussi, via leur bleu, faire chemin de mer vers les îles des Immortels. Ici-là. Fleur commune. J’ai voulu donner forme au passage dont les violettes étaient pour moi le signe en découpant, juste de l’autre côté de la photo originelle, la même photo mais saturée de bleu, et écrire l’ici-là caractéristique des Immortels recto-verso : en sigillaire, qui vise à rapprocher l’écriture humaine du divin par sa symétrie et sa pureté formelle, et sous la forme d’un haiku libre qui navigue entre plusieurs langues, dont celle de la prière et celle de l’art. La langue de l’art, c’est métaphore, ça fait comme. Ça transporte. Ici-là.
(GUIBERT Pascale)


RAIMON Annick. Échos fragmentés du désert. 2026. Encre et couleur sur papier Kozan. 136 cm x 36 cm.
Traversée du désert
Traversée du temps
Ce qu’il demeure
Un brin d’immortalité.
(RAIMON Annick)

CAVAREC Catherine. Calligraphie d’un extrait du poème de Birago Diop. 2026. Encre de Chine et acrylique sur papier xuan. 30 cm x 50 cm.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.
(Birago Diop)

NOBILE Armand. Dans la montagne, Le silence parle plus fort que les mots 山靜勝千言. 2026. Calligraphie et sculpture sur bois. Installation, lampe. 35 cm x 40 cm x 25 cm.
La montagne, des immortels, le chemin où se transmet la connaissance des ancêtres.
(NOBILE Armand)

KASINSKAITE BUDDEBERG Irmgarda. Voie fleurie 芳道. 2026. Calligraphie en cursive sur papier xuan. 68 cm x 68 cm.
L’encre s’étale sur une surface humide, adoucissant les contours tandis que la forme se dissout dans le flux. Ce qui est intentionnel et ce qui est accidentel commencent à se confondre. Au sein de ces traces fluides, des formes subtiles émergent — des suggestions de naissance, de floraison et de croissance.
(KASINSKAITE BUDDEBERG Irmgarda)

KASINSKAITE BUDDEBERG Irmgarda. Un pêcheur solitaire à l’entrée d’une grotte. 2026. Encre et couleurs sur papier xuan. 68 cm x 68 cm.
Une interprétation inspirée de La Source des fleurs de pêcher de Tao Yuanming, ce tableau montre un pêcheur solitaire à l’entrée d’une grotte sombre. Des fleurs de pêcher dérivent sur une eau lisse comme un miroir tandis qu’il fait un pas hésitant vers la lumière. Au-delà, de la fumée et de doux rires laissent présager un village où vivent des gens heureux—un instant suspendu entre la peur et le désir de découverte.
(KASINSKAITE BUDDEBERG Irmgarda)

WANONO Anne. Tracer l’immortalité par delà le ruisseau, 2026. Encre de Chine noire rouge et dorée sur papier cartonné. 30 cm x 50 cm.
L’eau, pour moi, est le véhicule le plus proche du Dao qui mène à l’immortalité par l’alchimie interne. Le sage assis, au bord du ruisseau, trace dans son rêve le chemin parcouru par le ruisseau, depuis sa source jusqu’au torrent , dans les hautes montagnes sacrées où résident les Immortels. Il rêve de cet autre chemin intérieur vers eux , dans sa quête de l’être parfait, quête sans cesse renouvelée comme l’eau qui s’écoule éternellement.
(WANONO Anne)
PATTE Sylvie. Itinéraire d’immortel. 2026. Leporello 17 x 25 cm, 28 pages. Encre noire sur papier, fil argenté.
L’immortalité ne me tente pas, mais j’envie la liberté totale dont les immortels semblent jouir pour se déplacer aussi bien dans le ciel que sous l’eau, au travers des montagnes par des itinéraires secrets ; j’ai imaginé dans ce leporello l’itinéraire d’un immortel, les paysages et les 4 éléments qu’il traverse librement. Sa trajectoire est matérialisée par un fin fil d’argent qui court dans les pages, disparait puis réapparait selon sa fantaisie. Le paysage de plaine et de nuages léger est présent au début et à la fin, on peut ainsi disposer le leporello en cercle pour un voyage continu… et éternel.
(PATTE Sylvie)






TSAI Fabienne. Cheminement en Immortalité. 2026. Suspension composée de 7 transparents rodoïd. Peinture vitrail.
Pour réaliser ce « cheminement en immortalité », j’ai envisagé l’immortalité non comme une permanence figée, mais comme une circulation. Une traversée infinie entre les états du monde, où le seuil lumineux fait passage, entre disparition et transformation, et ouverture vers le recommencement infini. À travers certaines techniques de la peinture chinoise – encre, souffle, vide, stratification, transparence – j’ai tenté de créer une expérience sensible du temps. Un temps respiratoire. Cyclique. Ouvert. Un temps où l’immortalité ne serait pas l’arrêt du changement, mais au contraire sa continuité infinie.
(TSAI Fabienne)
Chapitre 3
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Vers les cimes

DE CABANES Caroline. Caractère deng 登 « Gravir ». 2026. Encre sur papier. 68 cm x 34 cm.

WEI Kim. Effort vs objectif : l’immortalité en question. 2026. Calligraphie en cursive sur papier. 35 cm x 120 cm.
Pratiquer l’immortalité relève d’une démarche aride.
Sans promesse, sans attente.
C’est s’acharner contre une montagne abrupte,
dressée face à soi comme une évidence hostile.
Une quête incertaine,
une promesse — peut-être.
Une brise…
(WEI Kim)

MARCQ Philippe. Un immortel. 2026. Encre sur papier xuan. 88 cm x 46 cm.
Inspiré librement du tableau « Un immortel à l’encre éclaboussée 潑墨仙人圖 » de Liang Kai 梁楷 (actif au début du XIIIe siècle).
Avec deux vers du « Poème des Immortels en Promenade » de Guo Pu 郭璞 (276-324)
« Je vous le demande, ô créatures éphémères :
pouvez-vous comprendre la longévité des tortues et des grues ? »
(MARCQ Philippe)

BETTAN Nicole. Éloge de la beauté. 2026. Papier canson de 300gr. Technique mixte et marouflage. Encre de Chine, pigment et sable de la Montagne Sainte Victoire et de Mauritanie, peinture acrylique et gomme arabique. 56 cm x 100 cm.
En haut des cimes
Le vent balaie les nuages
La Voie lactée
Étincelle de rimes
Les fleurs du pécher
Tapissent mon chemin
Je marche et m’enivre
De cet élixir de beauté.
Après l’effondrement, la beauté intemporelle se dessine.
La transformation maquille le passé et la vie continue.
(BETTAN Nicole)

SONDAG Michel. Paysage de la Montagne Jaune dans la « mer de nuages », 15 cm x 21 cm.
Sceau dans le style de l’Ecole du Zhejiang : Xian shan 仙山 « Montagne des Immortels ». Etampage de pierre gravée : Cheng yun yu qi 乘雲御氣 « Chevaucher les nuées et conduire le qi (maîtrise le souffle).

SONDAG Michel. 乘雲气, 御飛龙, 而游乎四海之外 « Elle chevauche les nuées, conduit les dragons volants, et erre au-delà des quatre mers » (texte extrait du Zhuangzi). 2026. Calligraphie en cursive sur papier artisanal de Huang Shan en écorce de mûrier. , 66 cm x 98 cm.

DE CABANES Caroline. Emmène-moi, 2026, stéatites gravées. 12 cm x 31 cm x 12 cm. Texte calligraphié et gravé : Dragon, où est ta demeure ? 龍所舍安在哉
Ce sont les caractères gravés dans la roche des montagnes que l’on trouve parfois en Chine, qui m’ont inspirée pour ce travail. Ces deux blocs de pierre peuvent faire penser aux montagnes qui émergent de la brume …
(DE CABANES Caroline)

BUTORI Watana. Ici, maintenant. 2026. Encre sur papier. 68 cm x 68 cm.
Chapitre 4
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Chevaucher le souffle

GUIBERT Anne-Marie. Le souffle dans la Montagne Jaune. 2026. Encre sur papier. 68 cm x 68 cm.

SAVOYE Michèle. Tissage d’Immortalité, 2026. Encre et huile sur toile. Diptyque. 80 cm x 160 cm.
Présence fugace, passage d’un état à un autre, les nuages tels des cocons,
se font et de défont en fils amants pour réinventer leur mariée en papillon,
symbole d’immortalité, d’énergie renouvelée.
(SAVOYE Michèle)

BIRAUD Doan. Le mont aux 108 nuages. 2026. Encre sur papier. 69,5 cm x 45,5 cm.
Inspirée de ma pratique de photographier les nuages, j’inscris la pratique de l’immortalité par la calligraphie.
Figure entre terre et ciel, ou de la terre au ciel, la montagne. Une montagne dessinée par les nuages.
Par la répétition du geste, discipline intérieure, la transcendance dessine son chemin.
99 caractères nuages et 9 « grands nuages », tels des immortels, pour aboutir à 108.
Le chiffre 9, signe de longévité, et le nombre 99, pour « éternel », symbolisent le thème de l’immortalité ;
108, nombre sacré d’origine védique, reflète la spiritualité, transcendance de soi.
(BIRAUD Doan)

MARTINELLI Bernadette. Nuage. 2026. Papier calligraphié, installation. ca. 80 cm x 40 cm.
L’immortalité et moi ne sommes pas des intimes. Mais nous partageons la fascination pour les nuages.
À l’annonce du thème, faute de références précises, m’est venu le souvenir d’un stage de calligraphie japonaise autour des trente-six poètes immortels, Sanjūrokkasen 三十六歌仙, constituent une liste d’illustres poètes japonais de l’époque Heian sélectionnés par Fujiwara no Kintō (藤原公任, 966-1041).
C’était un début. J’ai sorti une pile de feuilles de brouillon de poèmes. D’immortels. Ou non d’ailleurs. J’aime beaucoup ce papier japonais très aérien, et solide en même temps je les conserve au cas où…
S’ils ne me servent pas à allumer mon poêle, — car quel bonheur de se réchauffer aux poèmes et de les savoir partir en fumée jusqu’au ciel —, ils peuvent envelopper un cadeau, ou finir en origami.
Cette fois ils nourriraient un nuage ! Un nuage gavé de poèmes pour les immortels.
(MARTINELLI Bernadette)

STINTZY Blandine. Sans titre (Face au Chaos). 2026. Calligraphie des caractères formant des nuages de bombardement. Leporello grand format, mélange encre de Chine, aquarelle, collage feuilles.
Célébrer l’immortalité ?
Sur quelle montagne?
Quand le chaos prend toute la place
Chaos des guerres qui déferlent
Chaos du monde qui s’effondre
Chaos en embuscade dans ma vie
L’apprivoiser?
Rêves, images, mots
Respirer profondément
Laisser le pinceau ouvrir des chemins
Chaque jour essayer encore
Appeler la lumière
Danser avec les ténèbres.
(STINTZY Blandine)
Chapitre 5
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L’immortalité au miroir du vide

ANDRÉ Marc, OUROBOROS. 2026. Aquarelle sur papier cartonné, 68 cm x 68 cm.
Eternel, infini, l’Ouroboros (parfois représenté sous la forme d’un huit couché ou lemniscate), est le siège d’une énergie vitale qui s’épanouit dans le temps et dans l’espace en se fondant sur les cycles naturels de la lumière, de l’eau et de la matière qui meurt, se régénère et se transforme sans cesse. Il symbolise la résurrection permanente, donc l’immortalité.
(ANDRÉ Marc)

CHEVOBBE Eric, Dragon, un immortel. 2026. Calligraphie des signes archaïques du dragon.
J’ai calligraphié des dragons sur un Ruban de Möbius pour montrer la continuité du mythe du dragon.
En Chine, des représentations de dragons existent déjà au néolithique. Jusqu’à aujourd’hui il continue à être représenté.
(CHEVOBBE Eric)

PICOLLET Fusae. Les reflets 返照, 2026. Calligraphie cursive. Encre et couleur sur papier. 42 cm x 59,4 cm.
“Le conscience d’une représentation
du monde extérieur.”
(PICOLLET Fusae)

NOGIER Patrick. Le point d’orgue. La vibration musicale silencieuse au cœur de l’Espace/Temps. 2026. Suspension d’une dimension de 69 mm sur 92 mm sur papier de calligraphe et papier « Cristal ».
Le thème de l’année, « l’Immortalité » m’a instantanément fait penser à la pièce de monnaie chinoise ancienne, avec son Carré intérieur symbolisant la Matière par son vide, et le Cercle qui l’entoure concrétisant le Temps, d’ordinaire impalpable, invisible.
Où se trouve alors l’Immortalité ? Naturellement au point de rencontre, au point d’orgue illuminé de ces deux symboles, (Cercle/Carré), de ces deux vécus. Cette pièce de monnaie témoigne selon moi d’une des plus hautes expériences que puisse vivre un Humain entre Ciel et Terre, et sensiblement au cœur de toute Création. Quelques précisions : la Grue (symbole d’Immortalité), et la Montagne désignent l’Ile dans son écriture calligraphique, elle est le lieu de séjour des Immortels, en trois espaces bien localisés selon la tradition, Peng Lai, Fang Zhang et Yin Zhou, que j’ai délimités par l’Or (yang), l’Argent (yin) et le Rouge pour la pierre de Cinabre, bien connue dans les Arts martiaux.”
(NOGIER Patrick)

BIRÉE Jacqueline. La forme corporelle s’épuise mais l’esprit est indestructible (Huiyuan). 2026. Calligraphe du caractère chinois ce 冊 « volume, livre » en écriture griffes de dragon, Encre de Chine sur photographie couleurs. 42 cm x 33 cm.
« Pratiquer l’immortalité » : tenter d’en percer les secrets par des expéditions (infructueuses !) vers les îles des immortels ? s’adonner aux pratiques propres aux milieux des fengshi ? appliquer à la lettre la recette de production du cinabre pour obtenir les pilules d’immortalité ?
L’intérêt de Huiyuan, moine bouddhiste du IVe siècle, se concentrait plus sûrement sur l’immortalité de l’âme qui permet, notamment, de comprendre les réincarnations successives.
L’Académie française pourrait se targuer d’avoir atteint cet objectif si les quarante élus ne savaient pas, modestement, que ce ne sont pas eux qui sont immortels mais la mission qui leur est confiée : veiller à l’immortalité de la langue française.
Même si des noms sont devenus immortels pour des raisons monstrueuses, d’autres, comme ceux d’écrivains, traversent le temps en transmettant, à la fois une langue et des idées, des sentiments qui survivent à leurs auteurs et conservent leur esprit. La seule recette de cette immortalité, certains diront plus humblement postérité, est la valeur universelle de leur message. C’est déjà beaucoup.
(BIRÉE Jacqueline)

VENISSE Janine-Dalila. kong xing 空性 « Nature vide », « Caractère de vacuité ». 2026. Calligraphie en cursive, encre sur papier. 20 cm x 30 cm.
“Vacuité, silence, arrière fond de toute forme et non forme
Instant Présent, ici et maintenant
VACUITÉ , IMMORTALITÉ. “
(VENISSE Janine-Dalila)

MARTINELLI Bernadette. Calligraphie de la mer : le plastique mortellement immortel et la fragilité de la mer. 2026. Calligraphie sur papier népalais. 49 cm x 68 cm et débris de plastique chinés à la plage.
Quoi du plus pérenne que la matière plastique issue du pétrole « éternel » ?
Éternel à l’aune de notre regard de myopes du XXe et XXIe siècle.
Pourtant je l’aimé le plastique. Au point de ramasser ces bribes de couleurs variées qui ponctuaient les dunes de sables d’une grande plage merveilleusement sauvage. Et finissaient dans ma poche à côté à côté d’un ou deux galets ronds, un rare cochonnet et quelques bigorneaux jaunes (et d’un jeton de caddy sûrement).
Il y a deux ans après la tempête et par grande marée, le plastique ne m’a plus fait rire du tout. Je ne le cherchais plus, je butais dessus à chaque pas, il me sautait dessus, mes poches n’ont pas suffi.
Ces calligraphies de la mer pour écrire ce que pleure la mer et ses habitants. Né du plancton vieux de centaines de millions d’années et malgré les tentatives de recyclage, le plastique enfant de pétrole, ne redeviendra pas plancton ! Le plastique tue.
(MARTINELLI Bernadette)
Chapitre 6
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L’éternel recommencement


AUCHÉ-LE MAGNY Christine. Immortalité inaccessible. 2026. Encre de Chine et peinture à l’eau. 50 cm x 50 cm.
Immortalité inaccessible.
Le temps nous emmène au travers des saisons, encore et encore
Puis recommence, un jour, puis l’autre, encore et encore
Dans le cercle de ce chemin, des premiers pas aux premiers gestes,
Des premières traces aux premières pensées, encore et encore
Transmettre au travers d’une cellule, d’un rayon, d’un souffle
Cette croissance lente, de la terre au ciel, enracinée et évaporée, encore et encore
Vers un équilibre, un centre, la lumière,
Parfait, inaccessible.
(AUCHÉ-LE MAGNY Christine)

ALTMANN Catherine. Pratiquer l’immortalité : retour à l’enfançon. 2026. Encre de Chine sur papier xuan cartonné, calligraphie des caractères hao 好 « bonté » dans de différentes postures inspirées des photos personnelles. 50 cm x 50 cm.
« Celui que la Vertu anime est comme un enfant nouveau-né. » (Chapitre 55 du Tao- tê- king de Lao-tzeu)
Comment faire retour à l’enfançon ? Vider le coeur – remplir le ventre.
Vider le coeur, c’est la purification de l’âme par le travail sur les émotions et les attachements.
Remplir le ventre, c’est l’accumulation des énergies, le ventre étant le réceptacle des principes vitaux, le siège de la racine de la vie (le Dan-Tian).
Pour cela, Gu Meisheng, maitre de Tai Chi, propose, en suivant le Tao, 5 préceptes négatifs : le non-savoir, le non-désir, la non-résistance, le non-dire, le non- paraître, c’est donc quitter le monde sensible pour retourner au monde invisible, c’est le non- agir : wuwei.
Dans ma pratique du Tai Chi, depuis plus de 30 ans, le chemin du souffle nous fait approcher le Shen (esprit-coeur), le Yi (l’intention) , le Qi (énergie, souffle).
Mon approche avec les bébés et leurs mères me fait ressentir le contact, le toucher, la peau, ce qui fait notre essence et qui est la relation la plus primaire (existant dans le ventre maternel).
(ALTMANN Catherine)
TEBOUL Joëlle. Clair de lune. 2026. Installation avec des études calligraphiques des inscriptions sur bronze. Vidéo avec le morceau « Clair de lune » de Debussy, joué et enregistré par Joëlle Teboul.
Théâtre, musique et calligraphie s’entrecroisent et nous relient aux siècles précédents. Seule l’émotion nous rend vivants.
(TEBOUL Joëlle)

Le début de l’écriture était un véritable paradis.
L’écriture permettait de garder la mémoire des grands et petits événements, réaliser les rites, etc.
Le rêve d’un monde fabuleux !

Des centaines d’années plus tard, la communication était devenue de plus en plus difficile. Chaque région, chaque royaume avait développé ses propres caractères, ses propres mesures, etc.
C’est à partir de -221 que Qin Shi Huang Di 秦始皇帝 a unifié l’empire et décida de normaliser la langue, l’écriture, la monnaie, la taille des chars, etc. Il désigna sin ministre Li Si 李斯 avec 1 mot d’ordre shu tong wen 書同文 “graphisme commun”.

La tâche était immense !!! Li Si travailla des années sur cette mission.
Comment s’y prendre ?
Les immortels ont décidé d’aider Li Si.
Mais, il fallait accepter de faire des concession !
Lesquelles ?
Le phénix devait replier ses ailes !!!! Vraiment ???
Dommage, il fallait rentrer dans la grille standard !!!
Le dragon doit aussi accepter de replier un peu son long et majestueux corps.
Les caractères de la petite sigillaire doivent s’adapter à une grille avec une logique
interne.
URTIAGA Inès. Une conte en images et calligraphies sur la naissance de la petite sigillaire. 2026.
J’e voulais raconter une histoire d’écriture, celle de la naissance de la petite sigillaire : je me suis dit que l’écriture chinoise peut faire écho à l’immortalité car elle nous permet d’accéder à une histoire de milliers d’années. Mais, ce ne sera pas à proprement parler d’une histoire car, je ferai appel à la légende, aux immortels et à ma propre imagination.
L’idée centrale est que parfois on vit dans un monde fabuleux, un monde de rêve avant d’accepter la réalité.
La petite sigillaire constitue aussi un processus d’acceptation : il fallait une dose renforcée d’abstraction pour
aboutir à une écriture normalisée dans l’ensemble du territoire des Qin, soit en 221 avant notre ère.
Ce processus ne se produit pas sans une dose de résistance, de renonciation ou de douleur. Au même temps c’est à prix
qu’une grande ouverture se produira, celle d’élargir le domaine de l’écriture et de la communication.
(URTIAGA Inès)

KARA TERKI Christiane. Calligraphie en cursive : « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d’homme 為著高處而奮鬥本身足以充盈一個人的內心 ». Phrase extraite de la fin du texte Le mythe de Sisyphe d’Albert Camus.

KARA TERKI Christiane. Météorite de l’Aigle (Normandie, France). 2026. Encre sur papier xuan. 68 cm x 68 cm.
Des milliers de pierres tombent du ciel en plein jour le 26 avril 1803 (le 6 floréal an XI)
Type: chondrite ordinaire
Remarque : c’est après cet événement que l’existence des météorites est admise par la communauté savante européenne.

KARA TERKI Christiane. Météorite d’Agen (Lot et Garonne -France). 2026. Encre sur papier xuan. 68 cm x 68 cm.
Elle est tombée le 5 septembre 1814 près d’Agen.
Cette météorite a mis 7 millions d’années pour arriver sur terre.
Type : chondrite ordinaire riche en fer métallique.

KARA TERKI Christiane. Météorite de Murchison (Australie). 2026. Encre sur papier xuan. 68 cm x 68 cm.
Elle est tombée le 28 septembre 1969.
Des grains extraits de la météorite seraient des poussières d’étoiles vieilles de 7 milliards d’années.
Type : chondrite carbonée du groupe CM2.
KARA TERKI Christiane. Métaphore de l’éternel recommencement. 2026. Installation. Médium : Pour la montagne : Terre des taupinières d’un jardin ; dimensions : base : 90 cm x 90 cm, hauteur : 40 cm ; Pour le personnage : un Playmobil de mon petit-fils ; Pour le rocher : une balle de Jokari. Musique de la vidéo : ZHAO Fei, « Histoire des montagnes des nuages », 2024.
Immortalité, immortalité …. Vaste problème dans lequel je me noie comme tous les humains depuis…. que l’Homo Sapiens est apparu !
La Vie…La Mort…à quel mythe se raccrocher ?
Heureusement un jour, au cours de peinture le sujet fut « Montagne…rocher … » alors un souvenir s’est présenté à moi : « Immortalité, Sisyphe » !
Sisyphe qui a volé l’Immortalité aux dieux, ces derniers l’ont donc condamné à pousser un rocher jusqu’en haut de la montagne, mais arrivé au sommet le rocher retombait ….
À chacun de nous son rocher plus ou moins léger, sa montagne plus ou moins abrupte.
(KARA TERKI Christiane)
i m m o r t a l i t é
Direction artistique & Commissariat d’exposition
HU Jiaxing & ZHAO Fei


